Dans le Pays Voironnais, six entrepreneuses sociales sur la rampe de lancement

Dans le Pays Voironnais, six entrepreneuses sociales sur la rampe de lancement

Ronalpia vient de dire bon vent à la promotion 2020 d’incubation du Pays Voironnais. Six femmes à l’écoute des besoins sociaux de leur territoire ont raconté un ascenseur émotionnel particulièrement remuant en cette année de crise sanitaire. A travers quelques questions, elles retracent leur parcours entrepreneurial.

Claire Yvars - Sweet Verveine

Avec son projet Sweet Verveine, Claire Yvars veut « remettre le fleuriste à sa place » avec un approvisionnement local, des matériaux naturels, le respect de l’environnement… « Mais les fleurs, c’est aussi le partage, la créativité et le lien entre les personnes. », insiste Claire qui veut « partir à la rencontre des autres » à bord de son camion « Sweetie ». Elle organisera par exemple des animations intergénérationnelles avec le végétal comme vecteur d’échange.

Avec ce projet, l’ex-logisticienne jubile d’avoir retrouvé son « côté pétillant » qui ne s’exprimait guère dans l’industrie.

Son plus beau succès. « J’ai réussi à créer un engouement et un intérêt autour de mon activité et ses valeurs. Le fait que celles-ci soient partagées montre le besoin qu’ont les gens de se relier au végétal. J’ai fait de très belles rencontres. La fleur, le végétal, c’est le partage ! »

Sa pire galère. « Avec le Covid, on est toujours dans le stop & go : on noue des contacts positifs, puis tout s’arrête. C’est très frustrant de constater que notre projet suscite de l’intérêt mais qu’il est difficile de passer à l’étape suivante. »

Son moment décisif. « Un moment vient où on se ressent pleinement entrepreneur. Ce n’est pas quelque chose qui se décrète, c’est une posture qui se construit au fil de ses des compétences acquises, des rencontres, des moments de doute… On progresse dans la connaissance de soi et à un moment, on ne se sent plus salarié, on se sent entrepreneur. Le parcours d’incubation permet de consolider tout ça. »

Si le parcours de l’entrepreneur était une fleur ? « Le Ginko biloba, un arbre beau, graphique, symbole de longévité de vie et de durée. »

Isabelle Raymond crée Îlot Seniors, une conciergerie dédiée aux seniors destinée à soutenir ceux-ci dans leurs démarches quotidiennes : assistance administrative, coordination d’intervenants à domicile, lien avec les services existants. « Mon but est d’assister les personnes âgées comme feraient leurs enfants quand il n’y a pas cette aide », explique Isabelle.

Son plus grand succès. « Avoir conclu un partenariat avec le CCAS Voiron pour animer un comité de pilotage « Voiron et ses seniors ». Si l’aval est donné, cela me permettra d’impliquer les bénéficiaires dans la création de projet ! »

Sa plus grande galère. « Le statut. Dans l’ESS, on me reproche de ne pas être une association. Dans le monde de l’entreprise, on me reproche de ne pas être assez rentable ! Trouver un modèle économique n’est pas simple même si on est dans un domaine en pleine croissance. »

Son conseil à un entrepreneur. « Ne pas avoir peur de ses peurs ! Les dépasser, écouter son intime conviction, et si vous pensez que le projet a une valeur ajoutée, aller à fond ! »

Emmanuelle Rivoire

Assistante sociale depuis 20 ans, Emmanuelle accompagne les particuliers et les professionnels pour toutes leurs questions relatives à l’avancée en âge : demandes d’aide à domicile, médecins, aide administrative, soutien psychologique pour les aidants, groupes de parole…

Son plus grand succès. « Quand j’ai pu utiliser un outil de psychologie positive avec une dame de 87 ans dont le mari avait d’importants troubles du comportement. La consigne était de partager ses 3 kifs de la journée. Elle avait oublié le terme, mais elle m’a confié avoir eu des moments de rire avec son époux ! »

 

Son pire souvenir. « Au départ j’ai créé des flyers et un site, puis j’ai déposé ma marque et mon nom d’entreprise, et c’est là que je me suis rendu compte que le nom n’était pas utilisable. J’étais allée trop vite ! J’aurais dû réfléchir plus et attendre l’incubateur, j’aurais évité certains écueils ! »

Son moment décisif. « Au départ, j’avais plein d’offres. Mon accompagnatrice Cécile Bouquet m’a aidée à recentrer mon offre. J’ai senti ses encouragements : besoin d’ouverture, curiosité. Elle m’a aussi aidée dans les bases de gestion et pratico-pratique pour me permettre de créer. »

Virginie Canuel a compris l’importance croissante de ce qu’on appelle les soft skills, ou les savoir-être dans la vie professionnelle. Mais il n’existe pas d’offre de formation pour aider les demandeurs d’emploi à les développer. Elle propose donc des espaces de travail pour repérer et développer ces compétences.

Un bénéfice de l’accompagnement ? « Au départ, j’utilisais beaucoup de jargon, d’anglicismes. Ma coach m’a permis de conscientiser mon mode de fonctionnement pour rendre intelligible mon parcours de formation et mon projet. »

Un conseil à un entrepreneur ? « S’il y a hésitation, il est important d’aller au bout du projet pour éviter les frustrations. Sortir de sa zone de confort, prendre des risques, c’est ainsi qu’on apprend ! De plus, il faut savoir autant donner que recevoir.Entreprendre c’est être soutenu et soutenir. »

Si l’entrepreneuriat était un paysage. « Il y a une route du Pérou à la Bolivie qu’on appelle la Route de la mort. Je l’ai prise pendant un de mes voyages, et je m’en suis sortie ! »

Va,Vis,Dv propose des services d’aide adaptés à la personne déficiente visuelle dans le milieu qui répond le mieux à son besoin : domicile, lieu de scolarisation, au travail, en établissement spécialisé… « La rééducation de ces personnes demande beaucoup de déplacements. Si elles veulent rester à domicile, elles ne savent pas comment s’organiser. Je fais un diagnostic du besoin pour coordonner le réseau de soins. »

Son enjeu principal. « Il m’a fallu séparer mon intention du départ d’aider les gens et l’envie propre de ce que je veux faire au quotidien. Je n’ai pas vocation à tout faire et à me déplacer dans toute la région ! Plus j’y mettais de l’énergie, plus je me disais que je voulais coordonner. »

Sa plus grosse galère. « Trouver le bon prix. Les 2 dernières années de travail, j’ai fait du bénévolat, voire de la perte. Puis, j’ai eu de petites réussites en signant des conventions avec des centres… Il y a eu une bascule, je suis désormais plus à l’aise avec mes propositions de valeur. »

Delphine Fontaine-Colle accompagne les femmes par l’art

Delphine FONTAINE-COLLE

Avec Korthéo, Delphine Fontaine-Colle accompagne les femmes en difficulté ou en quête de mieux-être à travers l’expérience de l’art-thérapie.

Inspirée par la conjoncture, elle décrit son activité comme « la décontamination de l’esprit par le processus créateur, un espace de respiration pour cultiver le vivant : peinture, collage, écriture, musique. »

Elle veut aussi développer un « arte mobile » pour aller à la rencontre de femmes en souffrance isolées en milieu rural.

Sa satisfaction. « J’ai trouvé ma légitimité. Je me sens profondément art-thérapeute. Ce projet est en lien avec mes valeurs, confirmé et bien ancré. »

Ses galères. « Avoir accès à plein de belles choses en formation mais s’y perdre. J’ai eu une overdose de visio, de grands moments de solitude face à la caméra. »

Son conseil à un entrepreneur. « No stress ! Il faut se laisser guider par ce qui vous fait vibrer. »