« L'empathie n'est pas cotée » : soignants et personnes dépendantes s'expriment à Saint-Étienne

En juin 2026, nous avons organisé à Saint-Étienne une journée d’échange dédiée à l’innovation en santé. Aidants, patients et professionnels ont témoigné de leur quotidien pour poser les bases de nouvelles coopérations. 

Le jeudi 25 juin, la journée « Innover en santé : premières briques de coopération » a réuni à Saint-Étienne ceux que l’on n’entend pas assez : les personnes dépendantes, leurs proches aidants, et les professionnels du lien qui traversent les crises estivales en première ligne.

Nous avons co-construit cet événement avec l’Anef Loire, ainsi qu’avec deux intrépides que nous accompagnons cette année : Isabelle Granobles et Marie Sackbrock-Mayo.

Que se passe-t-il, dans la vie quotidienne, quand une personne dépend d’une aide pour se lever, se laver, sortir, recevoir quelqu’un, ou simplement garder un rythme de vie choisi ?

Derrière ces gestes, d’autres questions cruciales apparaissent : la place des proches aidants, le rôle des intervenants de terrain, la coordination, la circulation des informations, et la charge que les organisations font peser sur ceux qui sont au plus près du soin.

Santé Saint-Etienne aide soignant

Ancrée dans des expériences de vies personnelles et professionnelles, les interventions ont mis en lumière les dures réalités des métiers du soin et de l’accompagnement :

Aide-soignant Saint-Etienne

La marchandisation
(où l’humain devient un dossier)

  • « L’empathie n’entre pas dans la cotation des soins », constate Gaëlle, infirmière à l’hôpital. « Passer un quart d’heure avec une personne angoissée ne rapporte rien, n’est pas comptabilisé, mais représente un réel bénéfice. »

  • « Le terme « client » n’est utilisé que par les agences », constate Isabelle. « Les professionnels de terrain, eux, parlent de personnes. »

Thomas, patient dépendance Saint-Etienne

La maltraitance institutionnelle
(ou le cocktail explosif formation inadaptée + management déconnecté)

  • « On a oublié l’humain, même dans la formation d’auxiliaire de vie où on nous apprend à faire du ménage, alors que 80 % de nos interventions se font auprès de personnes polyhandicapées », regrette un professionnel.

  • retour de Isabelle :
    « La formation devrait s’adapter à la diversité des situations et des handicaps… ça ne s’improvise pas », revendique Thomas, étudiant en master « Études Hispanophones », directement concerné par le handicap. Il ajoute : « Un recrutement inadapté crée de la fatigue qui peut mener à de la maltraitance. Pour moi, c’est vital : si je n’ai personne, je ne peux pas me coucher le soir ! »

Laurence Jouban, directrice Anef 42

La précarisation 
(ou des emplois sous-valorisés)

  • « Sur les annonces, on indique « débutant accepté ». Les agences ne partent pas des besoins de la personne, mais du financement disponible », regrette un auxiliaire de vie.
  • « Si je reste plus longtemps, cela prend sur ma vie privée », explique une aide-soignante. « Si je crée un précédent, l’agence va partir du principe que je peux faire plus. »

Pour aller plus loin...

Lisez et signez le manifeste en ligne pour les aidants et auxiliaires de vie d’Éclats de Juin – ARSLA.