Bien-vieillir : mettons-nous en réseau
pour offrir une approche globale
Face au vieillissement de la population, le défi n’est plus d’allonger la vie, mais d’améliorer sa qualité. Pour y parvenir, le « bien-vieillir » doit s’appuyer sur une approche globale, collaborative et ancrée dans les besoins réels des personnes.
Tribune commune réalisée dans le cadre d’Impacte ton Territoire, le 7 janvier 2026.
par
- Cédric Ancillon, adjoint à la direction au CIAS du Pays Voironnais
- Amandine Porcher Sala, Responsable du développement au TASDA (Technopôle Alpes Santé à Domicile et Autonomie), Docteure en Gérontologie et Ergonomie
- Karine Collet, responsable de développement des activités sociales chez AG2R LA MONDIALE
- Nadia Guignier, déléguée générale de l’AiRe AéRée
- Frédéric Khadri, responsable du pôle entrepreneuriat d’Innovales.
- Josépha Poret, directrice de Ronalpia
Les plus de 60 ans pourraient représenter un tiers de la population en 2050. Aujourd’hui, la priorité n’est plus d’allonger la durée de la vie mais d’améliorer sa qualité tout au long de notre avancée en âge. Cette préoccupation a conditionné la transformation de l’expression « bien vieillir » en un mot lié par un trait d’union qui recouvre un concept : « le bien-vieillir ».
Cette notion n’a pas une définition précise, mais elle implique une image du vieillissement plus positive. Il ne s’agit plus de se mettre à la retraite, en retrait, mais de rester dans la société. Cela implique de continuer d’avoir des désirs, des curiosités, des projets, des rencontres…
Santé globale
Pour cela, la première condition est bien sûr d’avoir la santé : prévenir les maladies chroniques, prévenir la perte d’autonomie. Cependant, il convient de considérer aussi la santé d’un point de vue global, au sens de l’Organisation mondiale de la santé : « un état de bien-être physique, mental et social ».
Cela implique donc des ressources personnelles, un capital social, une capacité à rester en lien avec les autres. Le bien-vieillir est une approche globale.
Dans ce cas, le bien-vieillir est-il à la portée de tous ? Des plus précaires ? De celles et ceux qui n’ont pas une bonne pension retraite ou une bonne assurance ? Une bonne aisance sociale ? Un corps qui n’a pas été usé par un travail pénible ? Une résidence de plain-pied en centre-ville ?
Approche systémique
Aujourd’hui, sur beaucoup de nos territoires, l’offre de soins et de services est trop morcelée pour assurer cette approche. La réponse doit être systémique et pluridisciplinaire.
Tout d’abord, à l’échelle d’un territoire, les acteurs du soin et du lien social doivent être capables de coopérer pour proposer des réponses concertées et adaptées à chaque personne. Non seulement il faut abattre les cloisons entre les acteurs, mais il faut adopter un mode de pensée systémique ! Pour chaque acteur, connaître l’écosystème local doit permettre d’orienter les personnes vers les ressources adaptées.
Les collectivités locales bénéficient d’un point de vue global sur leur territoire. Bien souvent, elles ont réalisé des diagnostics ou des analyses de besoins. Elles peuvent donc jouer un rôle de facilitateur pour cette nécessaire mise en réseau. De leur côté, elles trouvent dans les entreprises sociales la souplesse et la capacité d’innovation qui leur font parfois défaut.
Écouter chacun et chacune
Il importe d’avoir au préalable questionné nos propres représentations du vieillissement et débusqué toutes les formes d’âgisme. Le vieillissement peut créer des difficultés qui se vivent au plus profond de soi, dans ses muscles, dans ses sens et dans son esprit. C’est une expérience subjective qui requiert empathie et bienveillance, mais elle nous concerne toutes et tous. Les personnes vieillissantes sont donc les mieux placées pour connaître ce qu’elles ont vécu et ce qu’elles veulent vivre demain. C’est pourquoi les produits, services et soins doivent être testés auprès d’elles, voire co-construits avec elles. Proposons donc des espaces de dialogue et d’expérimentation qui mettent les personnes au centre du développement des solutions conçues pour elles. Attention, personnes âgées et aidants ne se reconnaissent pas toujours comme tels, il importe d’approcher les publics avec délicatesse !
Autre point d’importance, le foisonnement d’innovations électroniques et numériques peut faire craindre de verser dans le techno-solutionnisme. Téléassistance, détection des chutes, domotique, suivi médical… les solutions technologiques peuvent être d’un grand intérêt. Cependant, elles peuvent parfois poser question du point de vue de l’éthique et du respect de la vie privée. Il est donc nécessaire d’envisager des garde-fous éthiques dans les entreprises et d’outiller les bénéficiaires pour qu’ils prennent des décisions éclairées dans leurs choix d’un service.
Au plus près des personnes
Enfin, l’égalité devant les services passe par l’accessibilité géographique. De nombreux services existent, mais certains usagers ne peuvent pas les mobiliser. Il faut donc proposer des solutions qui s’adaptent aux capacités de mobilité des personnes, et aller vers les bénéficiaires sans attendre qu’ils frappent à la porte. Et ne jamais oublier que chaque territoire présente des enjeux différents à cet égard.
En conclusion, pour nous, les solutions pour bien vieillir doivent partir du terrain, au plus près des besoins et des personnes. Elles doivent aussi se mettre en réseau et faire système afin de favoriser la qualité de vie de tous et de toutes.Pour cela, fournissons ensemble un travail collaboratif entre structures publiques, privées, associatives et usagers.